Trois longues années s’écoulèrent, période faste pendant laquelle le virus tennis continua de se propager, allant même jusqu’à s'échapper du vénérable royaume victorien, dont les frontières étaient pourtant réputées infranchissables. L’Irlande, la Belgique, le Luxembourg, les Etats-Unis, l’Australie, la Haute-Volta et la France ne tardèrent pas à être contaminés par le fléau.
Activité très prisée de la gentry, le tennis était alors seulement considéré comme un loisir, peu exigeant sur le plan physique, mais idéal pour se relaxer en début de soirée, après une dure journée de labeur passée à courir les salons de thé.

Assigné en justice pour une sombre affaire de trafic d’opium, Walter Wingfield fut rapidement contraint de retourner au pays. C’est alors qu’il découvrit une Angleterre profondément marquée par la crise économique. De plus, et contrairement à ce qu’il aurait espéré, le tennis ne parvenait guère à séduire les classes moyennes.
En outre, le prix d’un jeu de tennis représentait environ cent-vingt-cinq fois le salaire moyen d’un ouvrier.
« Comment diable permettre au plus grand nombre de goûter au fruit de mon génie ? La plèbe a aussi le droit de se divertir bon sang de bonsoir ! » se demanda puis s’exclama alors le major.
Finalement acquitté pour vice de procédure, il s’employa à populariser le noble sport par diverses opérations publicitaires. Puis, le 27 septembre 1877, il créa à Londres (car il jugeait Cardiff trop crasseuse) le premier club de tennis officiel.

Sa compagne Conchita, rencontrée quelques semaines auparavant sur les pavés luisants de la vieille ville de Tolède, lui suggéra le nom de « All England Football Club ». Mais Wally, perfectionniste dans l’âme, trouvait cette dénomination trop peu explicite. C’est ainsi qu’il choisit de l’appeler « All England Lawn Tennis and Football Club ». Le massif afflux de travailleurs immigrés dans la région londonienne offrait au major un large choix de main-d’œuvre. Dociles et bon marché, les travailleurs d’Afrique Centrale lui parurent constituer l’alternative la plus sûre.

Le chantier fut achevé en un temps record, bien que près de mille Africains y laissèrent la vie. Walter Wingfield aurait sans doute aimé leur rendre hommage, mais Londres ne lui en laissa guère le temps, s’illuminant de toute sa splendeur devant ses petits yeux ébaubis. Il songeait déjà à tout le profit que son nouveau club allait pouvoir engendrer. Bien que de taille modeste (25 courts sur herbe et un club house pour une superficie totale de 10 hectares) il considérait sa réalisation comme un véritable joyau.

All England Lawn Tennis and Football club : Club House, 1888.
Deux mois et trente procès plus tard, Wally organisa le premier tournoi national. « J’aurai sué sang et eau, mais j’y serai finalement arrivé. Ces travaux m’auront vraiment donné du fil à retordre ! Vous savez, on est jamais aussi bien servi que par soi-même, et je crois ne pas me tromper en affirmant que la réalisation de cet audacieux projet en est la plus parfaite illustration ! » s’exclama-t-il alors devant un parterre de journalistes venus en nombre de tout le pays.
Aujourd’hui, ce club existe toujours. Entièrement rasé pendant la première guerre mondiale, reconstruit pendant la guerre d’Espagne, puis à nouveau détruit pendant la seconde guerre mondiale, il fut intégralement reconstruit au début des années 70 sur initiative de Joshua Wingfield, arrière-petit-fils de l’instigateur du projet. Il s’agirait en réalité d’un hôtel de passes, commerce sans doute jugé (à juste titre) plus lucratif, situé sur Worple Road, à Wimbledon, dans la banlieue sud de Londres, à quelques encablures seulement de l’emplacement du tournoi actuel.

Les débuts du tournoi furent pour le moins timides puisque l’on ne dénombra seulement vingt-deux participants la première année, trente-quatre la deuxième et quarante-cinq la troisième. Au grand dam de Walter Wingfield, qui considérait les femmes comme étant incapables de pratiquer le tennis, un tournoi féminin vint se greffer aux tournois de simple et de double hommes déjà existants, à l’automne 1884.


Premier et dernier coup dur pour le major qui sombra peu à peu dans une profonde dépression. Il revint en Espagne peu de temps après où il ne tarda pas à retourner à ses premières amours, sous l’œil bienveillant de sa garde rapprochée. Après s’être largement adonné à la polygamie, il s’éteignit dans son château de Tolède le 18 avril 1912, seulement âgé de 78 ans. Peu importe, Wimbledon était lancé et rien ne semblait pouvoir stopper le développement fulgurant de ce tournoi légendaire…
























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